Voltaire – Traité sur la tolérance

Traité sur la tolérance.

Traité sur la tolérance – Voltaire. Édition L’Itinérant, une œuvre appartenant au domaine public.

Traité sur la tolérance

En 1763, il y a un peu plus de 250 ans, Voltaire publiait son Traité sur la tolérance, un essai philosophique contre le fanatisme religieux et ses dérives. Cet ouvrage faisait suite à l’affaire Calas, du nom d’un marchand de tissus protestant, accusé d’avoir tué son fils pour l’empêcher de se convertir au catholicisme. Dans la très catholique Toulouse, Jean Calas, qui clamera jusqu’au bout son innocence, sera torturé puis brulé vif en mars 1762.

Pour Voltaire, les vrais coupables sont du coté des juges, aveuglés par la vindicte de la foule, « entrainés par le fanatisme de la populace ». Si le philosophe croit en un Dieu, il dénonce les extrémistes – de tous bords – qui le défigurent ou l’instrumentalisent, ne parlent pas en son nom mais en leur nom propre.  Autant dire que ceux qui se servent de la religion manquent assez de discernement pour commettre l’innommable. « L’abus de la religion la plus sainte a produit un grand crime. Il est donc de l’intérêt du genre humain d’examiner si la religion doit être charitable ou barbare », note-t-il.

Respect des croyances dit l’auteur, mais refus de leurs excès. Les interprétations humaines (et non moins inhumaines) de la parole divine ouvrent la porte aux injustices, aux exécutions et aux persécutions. Et c’est bien parce que l’intolérance mène aux pires souffrances, horreurs et exactions – l’Histoire peut en témoigner – que la défense de la tolérance est un devoir, un engagement de chaque instant.

Voltaire obtiendra ainsi en 1765, la révision du procès et grâce à une forte mobilisation de l’opinion, la réhabilitation posthume du commerçant.

Après Charlie Hebdo, après le Paris de janvier, après le Copenhague de février…  alors même que dans plusieurs régions du monde, l’extrémisme fait des ravages et menace de ruiner le destin des générations futures, ce réquisitoire contre le fanatisme religieux est à inscrire plus que jamais devant nos yeux. Voltaire nous enseigne les mécanismes qui font de l’homme une bête et nous engage à nous en prémunir. « Le droit de l’intolérance est donc absurde et barbare : c’est le droit des tigres, et il est bien horrible, car les tigres ne déchirent que pour manger, et nous nous sommes extermines pour des paragraphes ». Il nous demande surtout de raisonner devant le sacré car le dogmatisme est une maladie de l’esprit qui fragilise, affaiblit, rend fou. C’est donc bel et bien la raison qui guérit de l’intolérance : elle est la seule parade à l’aveuglement et permet d’aller naturellement vers la compréhension de l’autre.

Ce plaidoyer universel en faveur de la tolérance s’adresse à la fois au peuple et aux gouvernants. Il appelle les tenants du pouvoir politique à leurs responsabilités car trop de gens ont été, sont ou seront encore victimes d’étroitesses de vue criminelles. La tolérance est en ce sens le rempart absolu a la violence, à la cruauté, à la barbarie, au « carnage » écrit le philosophe. Elle garantit la paix sociale et l’entente entre les peuples. La tolérance est également synonyme d’humanité, d’indulgence et de liberté de conscience. Elle appelle au respect de la différence, à l’acceptation d’une pensée qui est autre et d’une idée qui n’est pas sienne.

Ces pages qu’il nous importe de (re)lire sont empreintes d’une profonde foi en la capacité de l’individu – et de la société – à mieux se regarder et à mieux s’entendre. Or aujourd’hui, comment faire que cette tolérance se propage et soit entendue par tous ? Par l’expression, bien sûr ! Celle qui sort des sentiers battus, qui déplait et qui choque, qui se libère… qui dénonce à juste titre toutes les croyances et tous les textes. Critiquer,  c’est garder un œil ouvert sur le monde et l’empêcher de mal tourner. C’est déchiffrer plutôt que lire, c’est comprendre plutôt que réciter.

« L’Écriture nous apprend donc que non seulement Dieu tolérait tous les autres peuples ; mais qu’il en avait un soin paternel : et nous osons être intolérants ! » L’indignation de Voltaire nous interpelle tout au long de ce Traité. Comme cet extrait (chapitre XXIII) où le philosophe implore Dieu, et à travers sa prière, s’adresse bien plus directement aux hommes : « Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! Qu’ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l’industrie paisible ! Si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous haïssons pas, ne nous déchirons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons l’instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu’à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant. »

Oui, l’indignation de Voltaire nous interpelle : elle nous intime de nous indigner à notre tour !

L’Itinérant

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